Itinéraire Cap-Vert 11 nuits

Voyager au Cap-Vert, c’est accepter de ne pas tout planifier. C’est se laisser porter par un chauffeur qui change de route pour suivre des pêcheurs, par une habitante qui tend son balai comme bâton de marche, par un vol intérieur qui décide, seul, de faire escale ailleurs. Dans ce carnet, je raconte notre voyage à travers quatre îles de l’archipel : São Vicente, Santo Antão, Sal et Santiago. Un voyage fait de paysages volcaniques, de villages de pêcheurs isolés et surtout, de gentillesse cap-verdienne.

 

Le 25 septembre 2022, nous décollons donc de Marseille avec TAP Air Portugal. Une escale à Lisbonne nous permet de découvrir  quelques spécialités locales, dont le célèbre pasteï de nata, un véritable délice. L’un des cafés de l’aéroport en propose d’ailleurs une des meilleures recettes du pays… Une belle mise en bouche avant de rejoindre l’archipel.

São Vicente, l'île qui vibre

2 nuits

Depuis l’aéroport, nous prenons un transfert privé pour rejoindre notre hôtel situé sur les hauteurs de Mindelo, offrant une vue panoramique sur la ville. L’après-midi, nous partons découvrir le quartier et nous rendre dans une école de musique locale.

Les enfants arrivent les uns après les autres, à pied, selon leurs obligations du moment. Le professeur, ancien électricien issu d’un quartier défavorisé, a fondé cette école pour offrir aux jeunes ce qu’il n’a jamais pu avoir : un accès simple à la musique. Au fil des années, son initiative est devenue un véritable tremplin pour certains élèves, aujourd’hui présents sur les scènes nationales et internationales. Chaque week-end, il accueille chez lui les enfants et adolescents pour leur enseigner théorie et pratique.

Le lendemain, nous faisons le tour de l’île avec notre chauffeur. Premier arrêt : Monte Verde, sommet de São Vicente, qui offre un panorama spectaculaire sur Mindelo et les îles alentours. L’île est étonnamment verte cette année, après plusieurs saisons de sécheresse.

Nous poursuivons vers Salamansa, petit village de pêcheurs approvisionné chaque semaine en eau potable. La vie y semble au ralenti. Sur la plage, nous espérons croiser des pêcheurs… et la chance nous sourit. Notre chauffeur repère un pick-up : des pêcheurs se préparent à partir en mer pour plusieurs nuits sur un îlot inhabité. Nous assistons à leurs préparatifs, glacières, matériel, vivres… Je demande la permission de photographier la scène ; ils acceptent avec le sourire.

Nous continuons vers Baía das Gatas, lieu de villégiature apprécié des habitants, avec sa grande piscine naturelle protégée du tumulte de l’océan. Puis direction Calhau, en longeant une immense plage bordée de dunes. Un ancien volcan domine le paysage. Nous décidons de marcher 45 minutes pour en contourner la base côté mer. La chaleur ralentit notre progression, mais le décor est superbe. Déjeuner en bord de mer avant de découvrir l’oasis agricole de Calhau.

En fin de journée, notre chauffeur nous mène jusqu’à la plage de São Pedro, très animée. Pêcheurs qui rentrent, enfants qui jouent, lumière dorée… Nous terminons la journée sur le front de mer de Mindelo, baignés par les couleurs du coucher de soleil.

Santo Antão, l'île des randonneurs

3 nuits

Le matin, nous embarquons sur le ferry pour Santo Antão. Une heure de traversée, mer calme. À Porto Novo, nous retrouvons notre chauffeur pour les trois jours à venir

Nous empruntons la mythique Route de la Corde, 36 km de pavés serpentant entre paysages arides, crêtes boisées, vallées verdoyantes et le cratère de Cova, aujourd’hui cultivé. Les panoramas sont d’une diversité incroyable.

Nous atteignons Ribeira Grande, puis les vallées luxuriantes de Ribeira da Torre et Paul. Une courte randonnée nous mène le long du canal d’irrigation, entre végétation tropicale et maisons isolées. Les habitants nous saluent avec bienveillance. Les nuages enveloppent la vallée, ajoutant une atmosphère douce.

Nous rejoignons ensuite Ponta do Sol, notre base pour les jours suivants.

Le lendemain, nous annulons la grande randonnée côtière (5h) qui était initialement prévue  : Olivier se repose (il a été malade hier). Je pars donc seule avec notre chauffeur pour une journée improvisée.

Tout d’abord, à Cruzinha, petit village de pêcheurs, je rencontre un homme en train de construire son futur bateau. Je monte à bord, curieuse, et discute avec lui. Plus loin, je sympathise avec des écolières.

Puis nous repartons vers les montagnes et il me dépose pour une petite randonnée toute seule. Il pleut, le sol glisse, je manque de me perdre. Une femme m’aperçoit, disparaît un instant… et revient avec le manche de son balai, qu’elle me tend en guise de bâton de marche. Elle m’accompagne quelques mètres pour m’indiquer le bon chemin. Un geste simple, touchant.

Au retour, sur la route vers Ribeira Grande, nous croisons des habitants attendant le bus. Seule dans mon « minibus avec chauffeur », je lui demande si nous pouvons les emmener. Il accepte. Nous transportons même des enfants se rendant à l’école à pied. Leur joie est communicative. Une immersion totale.

Je termine ma journée à découvrir le centre de Ribeira Grande à pied au dédale des ruelles. C’est une ville très colorée où les artistes s’expriment pleinement sur les murs de la ville.

A mon retour à Ponto da Sol, Olivier se sent mieux et nous descendons sur le port voir les pêcheurs.

Le dernier jour, direction à pied le village perché et coloré de Fontainhas — le point final de la randonnée annulée.

Un coup de chaud m’oblige à rebrousser chemin et à finalement faire le trajet en taxi, sur une route étroite et impressionnante en hauteur.

Le village semble assoupi, les anciens jouent aux cartes. Les tenanciers d’un bar fermé nous l’ouvrent spécialement et nous servent une citronnade maison.

Encore un moment de gentillesse avant de reprendre, le lendemain, le ferry pour Porto Novo — par une route différente, pour découvrir de nouveaux villages en chemin.

Mindelo, marché et cuisine locale

1 nuit

Mindelo est un passage obligé pour rejoindre les autres îles. Nous en profitons pour suivre un cours de cuisine locale.

Avec notre professeur, nous parcourons le marché pour acheter légumes, poisson et épices. Puis vient le temps de cuisiner… et de déguster notre plat cap-verdien.

Direction d’abord le marché, accompagnées de notre professeure, pour choisir nous-mêmes tous les ingrédients de la recette du jour : légumes de saison, poisson frais pêché le matin même… Retour ensuite en cuisine pour l’épluchage, la découpe, la cuisson, puis la dégustation du plat que nous venons de préparer de nos mains. Une manière simple et concrète de toucher du doigt le quotidien culinaire cap-verdien, entre deux îles.

Escale improvisée à Sal

Quelques heures

Les vols internes sont souvent modifiés. Nous apprenons un mois avant le départ que notre vol Sao-Vicente-Santiago fera finalement escale sur Sal. Nous décidons alors en amont de nous organiser pour en tirer parti et découvrir cette quatrième île, le temps de notre escale. 

Dès l’atterrissage, nous retrouvons un chauffeur qui nous conduit vers les salines de Pedra de Lume : un paysage lunaire et spectaculaire, où il est normalement possible d’entrer et de se baigner dans les bassins de sel. Le temps nous manque pour cela, mais nous prenons tout de même le temps d’admirer ce décor hors du commun.

Nous repartons ensuite jusqu’à Santa Maria pour une courte visite du marché et une flânerie sur le ponton, face à l’océan.

Tout au long du trajet, notre chauffeur nous montre les nombreux complexes touristiques qui ont rapidement fleuri sur l’île ces dernières années — un visage bien différent de celui de São Vicente ou Santo Antão.

Praia et ses environs

2 nuits

Nous arrivons en fin de journée à Praia, capitale de l’archipel.

Pour cette première soirée, direction en taxi -il nous est fortement déconseiller de nous déplacer à pied- la plage la plus proche, animée par un restaurant et de la musique live, histoire de se détendre après le voyage.

Nous sirotons un cocktail sur la plage avant un excellent dîner.

Dès le lendemain, nous partons pour la visite guidée de Praia : le Plateau, le centre historique, la place Albuquerque, le marché municipal… Nous apprenons en détail comment est né le Cap-vert et toute son histoire.

Puis nous nous rendons à Cidade Velha, ancienne capitale de l’île et ancien comptoir colonial, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Au programme : la visite du fort São Filipe, puis celle du village, une balade à pied dans le vallon cultivé derrière les habitations, la visite de la cathédrale, le pilori — où étaient autrefois enchaînés les esclaves —, les ruelles du village, et enfin la plage et ses pêcheurs.

Il règne encore aujourd’hui une atmosphère particulière, comme suspendue, chargée de l’histoire du lieu.

Il y a un petit marché artisanal sur la place principale. L’ambiance y est très différente des îles précédentes. Les vendeurs sont insistants et ne lâchent rien. Santiago est la plus africaine des îles du Cap-Vert.

São Jorge dos Órgãos, étape de transition

1 nuit

Cette étape est avant tout nécessaire pour rejoindre notre dernière destination. São Jorge dos Orgãos, situé en altitude,  et loin de l’agitation touristique du bord de mer, est réputé pour ses cultures biologiques. Le cadre change du tout au tout par rapport aux étapes précédentes.

Malheureusement, le village est ce jour-là noyé dans le brouillard. Nous tentons tout de même une petite balade à pied parmi les champs cultivés autour de l’hôtel, sans trop nous éloigner pour ne pas nous perdre : la visibilité est très limitée, et nous ne croisons presque personne. Les nuages ne se dissiperont à aucun moment durant notre passage — une parenthèse plus calme, presque hors du temps, en total contraste avec le reste du voyage.

Tarrafal, la parenthèse détente

2 nuits

Tarrafal est le lieu de prédilection de la classe aisée de Santiago, la station balnéaire la plus prisée de l’île. Pour nous, c’est l’étape détente et snorkeling du voyage.

A peine installés, nous chaussons palmes, masque et tuba pour explorer la petite baie abritée à proximité immédiate. Il y a quelques petits poissons venus s’y réfugier.

Le lendemain matin, nous prenons le temps de visiter le village et son marché. C’est notre dernière occasion de pouvoir faire quelques achats souvenirs (pour moi, ce sera une robe faite ici au Cap-Vert par une couturière sur le marché ).

Nous repartons une dernière fois à l’eau pour profiter de ces dernières heures cap-verdiennes.

Conclusion : quelle île choisir au Cap-Vert ?

Chaque île de l’archipel offre une expérience différente. Santo Antão reste mon coup de cœur : plus authentique et moins fréquentée que les autres, mais réservée aux bons marcheurs à l’aise sur des terrains accidentés et montagneux. Santiago est sans doute l’île la plus culturelle de l’archipel, avec Cidade Velha comme point d’orgue. Sal, elle, a été largement sacrifiée au profit des grands complexes hôteliers — un choix à faire en connaissance de cause si l’on cherche plutôt l’authenticité.

Ce récit ne couvre que les îles que nous avons visitées : notre choix s’est porté sur ces quatre destinations en fonction du temps disponible et des rotations aériennes proposées entre les îles.