Voyager en Tanzanie, c’est passer de la foule des 4×4 du Ngorongoro à une plaine du Serengeti où l’on a l’impression d’être seuls au monde. C’est partager un coucher de soleil avec un guide massaï, marcher au milieu de la savane sur les traces d’un lion, et assister à la Grande Migration des gnous au bord de la rivière Mara. Dans ce carnet, je raconte une petite semaine de safari en Tanzanie : Parc du Tarangire, Aire de conservation du cratère Ngorongoro, Olduvai, nord du Serengeti, réserve privée de Grumeti et rivière Mara, entre paysages démesurés et rencontres inattendues.
Le 11 septembre 2023, nous décollons de Paris pour un vol de nuit sur la compagnie Kenya Airways à destination de Kilimanjaro, avec une escale à Nairobi. Le vol se passe bien, même si les sièges ne sont pas des plus confortables. Nous arrivons le lendemain matin avec pas mal de sommeil en retard.
Arusha, une première journée pour souffler
1 nuit
Notre chauffeur nous attend à la sortie de l’aéroport et nous conduit à un lodge très confortable, avec une literie parfaite pour un repos bien mérité après cette nuit blanche. Cette première journée sert à recharger les batteries.
Après une petite sieste matinale, je ne peux m’empêcher d’explorer les lieux et de discuter avec les personnes que je croise. C’est ainsi que je rencontre Salomé, qui propose des massages. Nous passons un long moment ensemble : elle m’apprend quelques mots de swahili et me pose, en retour, des questions sur la vie en Europe. Un instant imprévu et privilégié, comme je les aime.
Tarangire : un premier parc très fréquenté
1 nuit (Karatu)
Après une vraie nuit de sommeil, nous partons tôt le lendemain matin vers le parc national de Tarangire. Au fil de la route, défilent déjà sous mes yeux les habitants partis chercher de l’eau accompagnés de leurs ânes. Premier aperçu de la vie quotidienne dans le nord de la Tanzanie.
Petite déception dès l’entrée du Parc : des 4×4 sont à l’arrêt, en file indienne. Ils sont tous occupés à observer et photographier la même scène. Je ne me faisais pas du tout cette idée du safari. J’essaie de me rassurer en me disant que c’est sûrement parce que nous sommes à juste l’entrée du parc le plus proche de l’arrivée de tous les vols internationaux. Et mon intuition sera la bonne. Plus nous progressons à l’intérieur du parc, plus les 4×4 se dispersent sur différents chemins (même si nous ne sommes jamais vraiment seuls).
Nous avons peu de temps à consacrer à ce parc, mais il est magnifique, et nous avons conscience du privilège d’être là. Nous y croisons zèbres, antilopes, singes, éléphants, girafes et même une mangouste naine.
Mon conseil : pour découvrir Tarangire sans la foule, il faut accepter d’y passer au moins une nuit. On s’éloigne ainsi de l’entrée principale au nord et des itinéraires prévus à la journée.
En fin de journée, après avoir traversé Mto Wa Mbu et Karatu, nous arrivons au lodge pour une soirée détente et récupération. Nous en avons déjà pris plein les yeux, côté faune et flore comme côté vie locale, tout au long de la route. Une très belle première approche de la Tanzanie.
Ngorongoro, un cratère grandiose
1 nuit (Olduvai)
Ce matin, nous entrons dans l’Aire de conservation du Ngorongoro. Il faut d’abord monter en 4×4 jusqu’au sommet du cratère avant de redescendre dans la caldeira. La montée est longue, la visibilité diminue peu à peu, les feuilles des arbres sont couvertes de la poussière rouge de la piste et le brouillard s’épaissit, nous sommes dans les nuages. Sur la crête, c’est une vraie « purée de pois ». Je m’inquiéte un peu pour la journée à venir mais le guide me rassure.
Descente dans la caldeira du Ngorongoro
Puis nous entamons la descente, et le ciel se dégage sur un spectacle d’une beauté incomparable. Mes yeux passent de gauche à droite sans savoir où s’arrêter.
Nous descendons d’abord vers une zone aride du côté du lac, peuplée de phacochères, d’hippopotames, de gnous et de grues. Puis nous repartons en sens inverse, vers une zone plus verte. Un lion s’invite alors entre les 4×4 à l’arrêt. Pourtant, il ne semble pas s’intéresser à nous. Notre guide nous explique qu’il se sert de l’odeur des humains pour masquer la sienne et s’approcher au plus près de son repas de midi (des gazelles), qui se repose pas très loin derrière les véhicules.
Plus nous avançons, plus la végétation verdit. Les couleurs sont magnifiques et chaque paysage constitue une vraie carte postale. Zèbres, éléphants, buffles, hérons se succèdent tour à tour.
Nous déjeunons dans le cratère, sous tente, à l’écart de l’aire de pique-nique dédiée et des autres visiteurs, dans un espace réservé dans le parc par l’organisateur de notre voyage. Un buffet complet nous attend avec de petites tables dressées pour l’occasion. Le staff arrive tôt chaque jour pour installer ce campement éphémère à notre intention.
Même si cette Aire de conservation est elle aussi très fréquentée, le Cratère du Ngorongoro n’a pas son pareil pour ses paysages et la faune qui s’y trouve. Les animaux semblent y vivre en harmonie isolés du reste du monde.
Olduvai : une soirée avec un guide massaï
Après cette parenthèse enchantée, nous arrivons à Olduvai pour la soirée et la nuit. Nous rejoignons le lodge à pied, guidés par un Massaï, nos bagages portés à dos d’âne.
Juste le temps de nous installer et nous partons avec lui admirer le coucher de soleil depuis un piton rocheux qui surplombe le village. J’en profite pour lui poser mille questions sur le fonctionnement du village et sur la vie quotidienne des Massaïs.
Serengeti : les plaines à l'infini
1 nuit (Grumeti)
Aujourd’hui, nous traversons le Serengeti d’est en ouest pour rejoindre la réserve de Grumeti. Et là, enfin, nous sommes seuls au monde, ou presque. La plaine s’étend à perte de vue. C’est magique.
Notre première rencontre est une famille de lions qui s’abreuve dans les rares flaques d’eau présentes au bord de la piste. À notre arrivée, lionnes et lionceaux s’éloignent un peu, mais deux lions restent là, indifférents et continuent à boire. Nous les observons un long moment, de très près.
Les animaux semblent se faire plus rares, mais ce n’est qu’une impression, due à l’immensité des plaines. Nous voyons des antilopes, des messagers sagittaires, de nouveau des phacochères… puis deux guépards au repos sur un monticule. Un seul autre 4×4 est posté à proximité : une équipe de tournage, qui filme la scène en silence. Nous restons à distance et profitons du spectacle à notre tour.
Un peu plus loin, nous passons à quelques mètres d’un lion caché dans les hautes herbes. Il n’est plus tout jeune et semble avoir été blessé dans un combat. Il est seul. Plus loin, un groupe de lions se repose à l’ombre d’un arbre : certains dorment, les plus jeunes jouent ensemble.
Ensuite, nous nous arrêtons ensuite dans un campement pour le déjeuner avant de continuer notre route.
Éléphants, girafes, chacal, hippopotames, tantales ibis, guêpiers nains, singes vervets, babouins et zèbres se succèdent ensuite, dans des paysages plus vallonnés et plus verts, jusqu’à la réserve privée de Grumeti, où nous passerons la nuit.
Safari de nuit en 4x4 électrique
Après le dîner, nous repartons pour un safari de nuit, dans un 4×4 électrique ouvert, en pleine nuit noire. L’expérience est inédite pour moi, et impressionnante. Le guide éclaire les animaux avec de puissantes lampes et nous croisons quelques animaux, dont un lion. Nous sommes censés découvrir la vie animale nocturne.
Finalement, l’expérience est moins fructueuse que prévu : même si l’adrénaline d’être dans la savane de nuit est bien présente, et l’expérience intéressante, ce moment ne restera pas mon meilleur souvenir du voyage.
Safari à pied et petit-déjeuner au bord de la rivière
Le lendemain, notre petit groupe (une dizaine de personnes) part à pied avec le guide naturaliste du lodge, pour une randonnée guidée qui se terminera par un petit-déjeuner au bord de la rivière. Dès la sortie du lodge, des traces montrent qu’un lion est passé ici dans la nuit, tout près de nous. Waouh…
Le guide nous montre ensuite une termitière et nous en explique le fonctionnement. C’est passionnant. Nous découvrons plus loin les restes frais d’un zèbre, signe qu’un prédateur s’est arrêté récemment à proximité, puis nous nous attardons sur une colonie de fourmis légionnaires. Plus loin, zèbres et girafes occupent tranquillement l’espace. Dernière halte avant la rivière : le squelette d’un buffle. Le guide nous indique à peu près depuis combien de temps il est là.
Je vous rassure, même si nous sommes à pied, le guide est armé et les 4×4 nous suivent à courte distance, prêts à intervenir au moindre danger.
Notre petit-déjeuner buffet au bord de la rivière est bien mérité après toutes ces émotions. Tout a été préparé par l’équipe du lodge, dans un endroit magnifique.
Quelques minutes plus tard, avant de quitter la réserve, nous sommes les premiers à repérer un léopard perché dans un arbre. Très calme, il nous regarde sans bouger. Nous sommes seuls avec notre guide et nous en profitons au maximum, car cela ne va pas durer : les guides communiquent constamment entre eux pour que les voyageurs ne ratent rien. Je crois que nous avons eu le meilleur moment possible. Quelle chance !
Rivière Mara : la traversée périlleuse durant la Grande Migration des gnous
2 nuits
Nous quittons donc la réserve et retrouvons les maisons au bord de la route, les villages, la vie locale. Peu d’animaux s’aventurent hors des parcs et des réserves. Ils savent qu’ils n’y sont pas chassés par l’homme.
À l’approche de la rivière, le paysage change. Nous observons des gymnogènes d’Afrique, toujours des éléphants et des zèbres, et de petits groupes de gnous. En septembre, les gnous traversent la rivière en masse, de retour du Kenya vers les plaines du Serengeti. C’est l’étape la plus périlleuse et spectaculaire de la grande migration des gnous en Tanzanie. Et c’est que nous sommes venus tenter de voir, si la chance est avec nous.
Tout est très réglementé pour rester discret et ne pas perturber la nature. On ne peut stationner que sur des emplacements recensés et signalés. Notre guide nous explique que les gnous se regroupent d’abord peu à peu de l’autre côté de la rivière. Cela peut prendre quelques jours, voire quelques semaines, avant qu’ils se décident à traverser. Les guides les surveillent et se préviennent dès qu’une traversée semble imminente.
Nous avons la chance d’assister à deux traversées. Les gnous ne réfléchissent pas longtemps : dès que l’un d’eux se lance, tout le troupeau suit aveuglément, même si un crocodile les attend au milieu. Ils se jettent à l’eau par dizaines, voire par centaines, dans le lit de la rivière et dans le courant, parfois très fort, au péril de leur vie. Ils refont ce trajet chaque année, guidés par la recherche de pâturages verdoyants pour s’alimenter. Une fois parvenus à traverser et arrivés de l’autre côté, ils semblent heureux de gambader à nouveau sur les terres de Tanzanie. C’est ce tableau de la nature à l’état pur que nous avions choisi pour clore notre voyage.
Dernier jour : trajet vers Kogatende Airstrip et vol retour
Le dernier matin, sur la route vers Kogatende Airstrip , nous voyons deux topis s’affronter pour un territoire. IL
Ils luttent de toutes leurs forces l’un face à l’autre pour démontrer leur dominance et gagner le territoire ainsi conquis au combat.
Nous avons opté pour un vol en petit avion 16 places pour notre retour vers Arusha. C’est assez impressionnant de découvrir la piste qui en fait est un simple terrain de terre battue dégagé de tout obstacle. Ici pas d’électronique et nous ne savons pas réellement à quelle heure nous allons décoller ni même quel sera notre appareil. Nous voyons de petits avions atterrir, débarquer des passagers et en remmener d’autres. Nous savons que nous prenons un vol en matinée et nous nous en remettons à notre guide pour le reste.
Finalement en fin de matinée, notre avion arrive. Notre vol retour vers Arusha nous offre un dernier regard, splendide, sur le Serengeti, vu du ciel.
Conclusion
Ce voyage n’a duré qu’une petite semaine, mais il m’a laissée époustouflée par toute cette beauté, cette nature à l’état brut. Comment se rendre compte de tout cela sans l’avoir vu de ses propres yeux ?
Si je devais en retenir un enseignement, c’est que les parcs les plus célèbres, Tarangire et Ngorongoro, sont magnifiques mais très fréquentés. Il faut s’éloigner pour vivre le safari dont on rêve : c’est dans le Serengeti, la réserve privée de Grumeti et au bord de la rivière Mara que nous avons trouvé le calme et les rencontres les plus fortes.